Bonjour
et merci à l’Association D.M.F. de nous permettre d’apporter
notre témoignage . Nous espérons ainsi rendre service
à d’autres enfants, d’autres parents.Notre fils
Antoine, 14 ans, a été diagnostiqué dyspraxique
à l’âge de 12 ans ½ par un pédopsychiatre,
chef de service du C.M.P. Enfants. Mais pour en arriver à
ce diagnostic, il a fallu vivre 12 années de souffrances
morales pour notre fils, d’interrogations, de doute, d’inquiétude,
de culpabilité pour ses parents. Sa grande sœur a également
souffert de ces années difficiles qui ont perturbé
son adolescence (Pauline a 9 ans de plus qu’Antoine).
Premiers signes – Premières inquiétudes
Quand vient l’âge des premiers jeux (4-5
mois), Antoine montre peu d’intérêt pour les
jouets proposés : les regarde peu, ne semble pas avoir de
plaisir à les manipuler. Il les disperse, les jette. Les
découvertes, les jeux avec les parents deviennent quasi impossibles.
Les jeux d’éveil paraissent trop compliqués
pour lui : ne parvient pas à empiler, encastrer, à
» construire . Ne reproduit pas les sons (cris d’animaux,
etc.).
Les premières images, les premières histoires ne captent
pas son attention .
Le temps passant, il est devenu difficile d’établir
un contact harmonieux avec notre fils. S’il n’a pas
eu de difficultés pour l’apprentissage de la marche,
de la propreté, nous avons constaté, par contre, un
retard pour certains apprentissages : manger seul, tenir sa cuillère,
se servir d’une fourchette, d’un couteau, déglutir
(bavait beaucoup), s’essuyer la bouche, etc.)
De plus, son caractère devenait très
difficile à supporter : très coléreux et tyrannique.
Toujours en demande et toujours insatisfait.
Désemparés, malheureux de ne pas comprendre ce qui
se passait chez notre enfant, inquiets, nous avons cédé
au découragement : nous nous sommes impatientés, nous
l’avons beaucoup fâché. Il s’est installée
une relation conflictuelle entre Antoine et sa mère, surtout.
A l’âge de 15 mois, nous l’avons
amené en consultation auprès d’une pédopsychiatre
qui l’a examiné sur 3 ou 4 séances et qui n’a
rien décelé d’anormal.
Ensuite est arrivé le temps de l’école
Le parcours scolaire d’Antoine (Maternelle au
CM2)
Les 3 années de Maternelle se sont très
mal passées.
- En Petite Section, il était toujours seul,
en retrait, triste ; il ne participait pas à la vie de la
classe. Son institutrice s’est interrogée sur son comportement
et nous a convoqués : nous ne savions que donner comme explications,
étant nous-mêmes désemparés.
- En Moyenne Section, les apprentissages sont à
l’évidence trop complexes pour Antoine. Il est déjà
en situation d’échec !…
Son institutrice nous dit un jour qu’Antoine ne met pas de
bonne volonté à faire le « travail » demandé,
qu’elle a dû lui faire refaire plusieurs fois une petit
exercice « très facile que tous les autres enfants
ont réalisé sans problème » (il s’agissait
de mettre de cocher les cases d’un tableau selon des critères
donnés). Elle en a conclu que notre fils pouvait très
bien faire mais qu’il cherchait à la « tester
». Nous sommes repartis le cœur gros, sachant qu’Antoine
n’était pas responsable, qu’il avait dû
souffrir à s’efforcer de réaliser un «
travail » qui le dépassait.
- A la fin de la Grande Section, constatant ses difficultés,
son institutrice demande au
psychologue de lui faire passer un bilan psychologique : il en ressort
qu’Antoine n’a aucun acquis des 3 années de Maternelle.
Il a alors été orienté sur un
C.P. d’Adaptation (classe de 10 2lèves) ; ce qui a
été une réussite. Antoine a su lire (bien)
et écrire (difficilement) à la fin du C.P.
Ensuite, il a effectué son C.E. 1 dans une classe «
normale » de près de 30 élèves et s’est
à nouveau retrouvé en difficulté. Il a redoublé
le C.E.1. A été pris en charge par le RASED (travail
avec un psychomotricien pendant quelques mois).
Antoine a poursuivi, tant bien que mal, jusqu’au
CM2, entouré par des enseignants compréhensifs et
bienveillants pour certains, mais pour d’autres, blessants
et humiliants (un instituteur- remplaçant : « et bien
toi, tu es grave », et son instituteur de CM1, face à
une difficulté sur un exercice : « attention, tu es
en danger »…
PRISE EN CHARGE MEDICALE
- 2 ans d’orthophonie pour troubles de l’élocution.
- Suite à ses troubles du comportement (enfant
visiblement en souffrance morale, introverti, manquant totalement
de confiance en lui, très coléreux, tyrannique avec
sa mère), Antoine a été pris en charge, sur
le plan psychologique, en plusieurs étapes :
De 4 à 6 ans, par un psychologue : mauvaise
expérience. Cette personne n’a jamais répondu
à nos questions quant à l’état de notre
fils et a refusé de collaborer avec le psychologue scolaire
qui lui en avait pourtant fait la demande. Antoine était
psychanalysé comme un petit adulte, dans un bureau austère,
où il passait une grande partie du temps à dessiner
alors qu’il détestait ça ! Au bout de deux ans,
aucun résultat visible sur Antoine.
De plus, notre inquiétude par rapport au retard de notre
fils a été analysée comme une dévalorisation
de notre enfant.
De 7 à 11 ans, par une pédopsychiatre
du C.M.P. avec laquelle il a fait un travail intéressant,
basé sur l’expression (verbale, corporelle).
Parallèlement, cette personne a fait suivre à Antoine,
pendant 2 ans, un Programme d’Education Instrumentale (P.E.I.),
travail dirigé par un psychologue et basé sur les
notions d’espace et de temps : tout à fait adapté
aux difficultés d’Antoine.
Toujours dans le cadre du C.M.P., Antoine a passé des tests
psychologiques qui ont révélé, entre autres
:
- Difficultés d’analyse et de synthèse
- Difficultés d’organisation perceptive
- Besoin de repères
- Q.I. normal, mais avec décalages
- Connaissances et intérêts culturels
- Vocabulaire au-dessus de la normale
- Bon raisonnement verbal
A 10 ans, Antoine a subi un examen neurologique complet
qui s’est révélé normal, par un pédiatre,
qui, devant la description que nous lui faisons de ses troubles,
prescrit une recherche de maladie chromosomique appelée «
X Fragile » (maladie qui entraîne une légère
débilité) : nous ne nous sommes jamais résolus
à entreprendre cette démarche…
Nous pensons que la prise en charge d’Antoine
sur le plan psychologique a été nécessaire
un certain temps car il présentait de réels troubles
du comportement, mais qu’il y a manqué une prise en
compte des troubles des gestes et des apprentissages, troubles que
nous décrivions au cours de nos entretiens avec les différents
spécialistes. Sur ce plan-là, nous avons toujours
eu l’impression que notre inquiétude était mal
interprétée (exagération de notre part ou dévalorisation
de notre enfant).
L’ENTREE EN SIXIEME
S’est très mal passée. L’adaptation
a été épuisante pour Antoine. Dès les
premières semaines, il a été « cassé
» par son professeur de Maths (3/20 au premier contrôle).
Nous lui avons demandé un entretien « « je ne
comprends pas, il n’y avait pas plus simple que ce contrôle,
il n’y a qu’Antoine qui ait fait un si mauvais devoir
». Nous lui avons demandé, non par un régime
de faveur, mais un peu d’indulgence vu le parcours difficile
d’Antoine.
Malgré tout, les mauvaises notes se succédaient
dans toutes les matières. Antoine se sentait en échec
en permanence : à l’école, à la maison
aussi car il voyait bien que les gestes courants lui posaient problème
:
S’habiller, mettre un vêtement à
l’envers à l’endroit,
Se laver, s’essuyer, essorer son gant de toilette, se couper
les ongles, se peigner
Se moucher (a su se moucher a 12 ans : inspirait au lieu de souffler.
Nouer ses lacets), mettre sa montre à son poignet.
Allumer une allumette
Difficultés à ouvrir et fermer une porte à
clef, ouvrir et refermer son cartable
Effort, d’où fatigue pour tenir un stylo
Impossibilité de peler un fruit, du fromage
Difficulté à situer les pièces, les meubles
de la maison
Difficultés à mettre le doigt sur les différents
parties de son corps que l’on énumérait
Difficultés à s’exprimer (tournures de phrases
difficilement compréhensibles)
Difficultés au Foot (où il avait vivement souhaité
s’inscrire) : réflexions humiliantes des copains, et
pire, d’un parent, un jour de Match.
L’épreuve de l’entrée
au collège a été trop lourde. Il a
commencé à déprimer : « de toute façon,
je suis nul », « je vais me suicider », «
je vais sauter par la fenêtre ». Devant la grande souffrance
de notre fils, nous nous sommes dit : « CA SUFFIT : nous devons
savoir de quoi souffre Antoine, NOUS EXIGEONS UN DIAGNOSTIC, nous
voulons un NOM sur les troubles d’Antoine ».
Nous avons demandé un rendez-vous avec le médecin-chef
du C.M.P. Enfants. Ce pédopsychiatre, professeur, a été
très efficace et direct. Il a étudié le dossier
d’Antoine, a écouté et compris notre demande,
a examiné et questionné Antoine, lui a fait faire
des exercices-tests. Il a conclu la consultation en disant à
Antoine qu’il souffrait de dyspraxie et nous a expliqué
ce dont il s’agissait (ce mot nous était alors inconnu).
C’était le 1er Mars 2001 et ce jour-là
tout a basculé dans le bon sens.
Antoine s’est métamorphosé, apaisé. Nous,
parents, nous sommes sentis délivrés d’un poids
de mystère, de questionnements, de doutes… et de culpabilité
: si nous avions su, nous aurions été plus patients,
plus indulgents.
Au fil des mois, les problèmes relationnels entre Antoine
et sa mère ont disparus
POURQUOI A-T-IL FALLU ATTENDRE 12 ANS ?
Ce n’est pas faute d’avoir consulté
des spécialistes. Et si nous n’avions jamais «
tapé du poing sur la table » nous serions peut-être
toujours dans l’ignorance.
Pour Antoine : 12 années d’incompréhension
de la part de ses parents, de jugement de son entourage familial
et scolaire, d’humiliations : « à ton âge
c’est encore ta maman qui fait tes lacets »…etc.
Sentiment quasi-permanent d’échec, « hyper-psychiatrisation
» de son problème.
Aujourd’hui Antoine est beaucoup plus serein.
Nous parlons ensemble de son problème, sans gravité,
parfois même en riant. Il semble, petit à petit, retrouver
de l’estime pour lui-même.
Avec de l’aide, il arrive à effectuer des gestes du
quotidien : laver et essuyer la vaisselle, mettre le couvert, etc.
Il voit son psychiatre seulement 2 fois par an.
Nous savons bien qu’il n’est pas au bout de ses peines
mais au moins connaît-il ses difficultés et cessera-t-il
de penser qu’il est « nul ».
Les résultats scolaires se sont améliorés (le
médecin-chef du C.M.P. avait pris soin de contacter le Principal
du collège pour l’informer du problème d’Antoine).
Actuellement en 4ème, Antoine a démarré
une année avec des résultats tout a fait corrects
(sauf en maths, techno, dessin et musique). Un jeune homme l’aide
pour ses devoirs 2 fois par semaine ; nous prenons le relais le
reste du temps car il ne peut encore travailler seul.
Terminons par les points forts d’Antoine
:
Depuis l’âge de 5 ans, se passionne pour
différents sujets (connaissances remarquables sur les dinosaures,
les monstres marins, le football (c’est une véritable
encyclopédie !).Il peut passer des heures à créer
des tableaux compliqués d’équipes de foot et
de pronostics !)
Ses rédactions montrent une certaine maturité
et une profondeur d’esprit.
Vocabulaire élaboré et goût pour
les échanges d’idées,
Possède un bon esprit d’équipe.
Après l’échec de la pratique du Foot a eu la
volonté de participer à d’autres activités
sportives (est inscrit cette année dans un club de vélo
et réalise de belles performances). A chaque vacances scolaires,
il participe à des stages multisports.
|
|