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| Témoignage de Tina | ||
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Chers membres,
Après avoir lu le témoignage de deux mamans - Solange (triste chemin de croix) et de Lydie (par chance entourée d'enseignants compréhensifs), je vous adresse notre témoignage, notre bataille et nos "trucs" découverts souvent par hasard. Mon témoignage se veut encourageant, positif. Notre fils aîné, Joël, dyspraxique, a 13 ans. Il bénéficie maintenant de l'appui de tout son entourage, ses deux frères de 11 ans et de 10 ans, ses parents, tout le personnel de la section secondaire dans une école internationale privée et ses camarades dans son équipe de hockey sur glace. Il reste différent, mais sa différence a maintenant une bonne raison. Il sait qu'il est handicapé de dyspraxie, mais ce handicap est maintenant géré par lui-même et son entourage. Il y a peu de temps encore, jusqu'à un diagnostique plus empirique qu'officiel, il a souffert des difficultés scolaires insurmontables, d'une solitude extrême, ainsi que de violences verbales et physiques de la part de ses camarades de classe et des enseignants. Pour votre statistique, "vécu dyspraxique": A 8 ans, arrivé en Belgique, en 3e année dans
une école primaire ordinaire sauf - des cours d'hébreux
en plus. Pauvre garçon dyspraxique non diagnostiqué, il a passé 4 années pénibles. La faute n'est pas aux enseignants: n'ayant aucune connaissance de la dyspraxie, ils ne peuvent que récriminer et me convoquer pour les constatations des lacunes habituelles, (fatigue, brouillon, oublis, imprécisions d'exécution, lenteurs extrêmes, instructions oubliés ou mal comprises, gestion désastreuse du matériel scolaire, absences d'attention en classe... ). Le choc du changement est donc empiré par une spirale négative et destructive... il tente, ce n'est jamais assez bon, il est toujours grondé, mis en évidence comme insuffisant devant tous, donc se retire encore plus, donc vit l'école comme un enfer, une prison tous les jours. Pourtant c'est bizarre, aucun jeu vidéo n'a de secrets
pour Joël. Livret d'instructions non-lu à la poubelle tout
de suite, il se met devant les manettes, réalise toute simulation
de vol, toute traque de vilains dans les jeux, passe d'étape en
étape, peut passer des heures à jouer seul ou à plusieurs.
Je le laisse faire, c'est certainement bon pour développer la co-ordination
et cela lui est nécessaire pour avoir du "fun". Mon mari
ne sait pas faire décoller l'avion, Joël maintient plusieurs
avions en vol simulé par vidéo simultanément. C'est
déroutant. Comment aider Joël ? J'ai instinctivement évité de le culpabiliser pour ne pas réussir les exécutions demandées. Je vous fais grâce des examens neurologiques, sociaux, psychologiques subis... ils n'ont pas dépisté la dyspraxie, non connue par les établissements comme phénomène qui explique les défauts d'exécution et les lenteurs. Un jour en fin 2001, surfant le net pour trouver des réponses, je suis tombée sur les sites sur la dyspraxie, tous en langue anglaise. Les témoignages, les symptômes, tout collait. L'enfant est de bonne volonté mais ne peut pas "séquencer", faire la co-ordination de toutes les mini-étapes d'une exécution demandée. Maintenant je sais que nous avions donc raison de refuser
un doublement de classe. A 12 ans, pour passer sa 6e primaire, Joël, pauvre
garçon, terminait ses devoirs à 11 heures du soir. Je crois que mon fils dyspraxique a fourni un travail, continu, équivalent à un étudiant en médecine passant ses examens de fin d'année. Il a tout simplement été encouragé à comprendre qu'il devait travailler 4 fois plus pour faire ce que les autres font plus vite. Nous avons vécu ce passage de la 6e primaire comme une bataille à livrer en commun. 2 ou 3 élèves ont redoublé, Joël a tout juste réussi à passer, en bonne partie parce que les professeurs ont pris en considération le travail assidu et juste fourni pendant l'année pour remonter les notes des examens parfois insuffisants, car souvent non-terminés dans le temps maximal autorisé pour la classe. (Essayez de passer un examen en ayant seulement 80% du temps nécessaire pour répondre - c'est un exploit !) Son "cadeau": Joël est surtout un garçon transformé. Il a perdu son regard traqué. Il est en paix avec lui-même et son entourage. Il n'a toujours pas de vrais amis en classe, reste timide, mais en raison de la politique dans cette école "tolérance zéro de toute violence verbale ou physique", et l'encouragement individuel pour chacun, il est tout de même mille fois plus intégré. Il est camarade avec deux ou trois garçons. Il maintient son amitié avec un ami à l'extérieur de l'école, un enfant surdoué, les deux se retrouvent avec leur amour commun des jeux vidéo. Joël est devenu patient avec lui-même: récemment il a du pratiquer du basket pour la première fois à l'école. Le prof demande à chacun de tenter 10 paniers. Joël les rate tous. Joël rigole et lui dit "je suis dyspraxique, je vais exercer ce geste". Le prof le laisse pratiquer dans un coin, avec deux autres "nuls" en paniers. Après 30 minutes, deuxième tentative de 10 paniers: 5 son réussis. Devant la classe. Le dyspraxique ne souffre pas de discrimination dans ces conditions. Il suffit de si peu pour transformer ce qui peut-être vécu comme encore une brimade en expérience d'apprentissage réussi et reconnu. Avec le recul il faut aussi chercher le "salut" dans la pratique du sport. Chaque semaine de vacances, un cours multi-sports. Par chance il a appris à faire du patinage. Il est passé au hockey sur glace: la pratique du sport, plusieurs fois par semaine l'a aidé à se défouler, à canaliser ses frustrations. Joël m'a récemment expliqué qu'il a très
peur de devoir jouer au foot à l'école: Mais, il m'explique, qu'en hockey sur glace, il porte tellement
de protections du crâne aux pieds, qu'il n'a pas peur de tomber
ou de se tromper, il peut ainsi se concentrer sur son jeu. De même avec le ski, nous avons essayé dès
l'âge de 3 ans avec Joël, ce n'est qu'à l'age de 7 ans
qu'il y a eu le déclic, compris, maintenant il ski très
bien. Si on avait abandonné trop tôt, vu l'absence de progrès,
il n'aurait pas eu ce plaisir. Enfin, voici mon sommaire de "trucs" empiriques pour la vie de tous les jours d'un écolier dyspraxique: Etre prêt à trouver l'école qui est
capable de faire abstraction des travaux brouillonnés, mal exécutés,
qui peut encourager au lieu d'enfoncer le dyspraxique. Apprendre à l'enfant que c'est normal s'il ne réussit pas de suite, de ne pas abandonner, "you can do it". Etre patient quand l'équipement est perdu, l'assiette
cassée, le t-shirt taché après le repas, le troisième
manteau de la saison est introuvable. Si possible, commencer à écrire avec lettres non cursives. Sinon, utiliser les cahiers à trois lignes très longtemps. Passer très vite au clavier pour rendre les travaux. Comprendre les cris aigus, pleurs excessifs en cas de petite blessure. Le dyspraxique vit la moindre blessure comme une catastrophe. L'aider et le tranquilliser, il ne faut pas ridiculiser. Comprendre que la routine est ultra-nécessaire. Si un dyspraxique connaît sa routine, il est tranquillisé. La routine lui permet de concentrer son effort pour avancer. Donner un téléphone mobile pré-payé à l'enfant très jeune, programmer maman, papa, grand-maman, sur 1-2-3... Des centaines d'appels du genre "ou as-tu mis mon short de gym? J'ai oublié mon cahier pour cet-après-midi... Je ne trouve plus mon dictionnaire"... sont dédramatisés s'il y a une personne compréhensive au bout du fil. La quasi-totalité des petites urgences de ce genre trouvent une solution dans un conseil ponctuel. En sorte, maintenir "la routine qu'il y a une réponse au bout du fil". C'est déstressant pour le dyspraxique et ne prend pas plus que qu'une demi-minute par appel. Comprendre que tout changement est vécu difficilement. Ne jamais demander de faire un nouveau chemin sans l'avoir pratiqué à deux, testé pour éviter de le stresser inutilement. Comprendre une réticence de faire quelque chose de nouveau, l'appréhender ensemble. L'envoyer tôt en colonie ou chez les cousins, pour que de tels déplacements soient vécus comme une routine chaque été. Encourager ainsi une indépendance qu'il ne cherchera pas à atteindre tout seul. Ne pas gronder si les devoirs ne sont toujours pas finis à 11 heures du soir. S'il a le courage de continuer, l'aider à avoir ce courage. Pratiquer énormément de sports dès le très jeune age. Chaque sport peut-être tenté. C'est défoulant, c'est anti-frustration, oxygénant, construisant en prime un beau corps qui permet à la personne "différente" d'être perçue visuellement agréable. Mince, musclé, se tenant droit, de bonne prestance, ce sont des atouts pour un dyspraxique. Demander plus de temps pour tout. Merveilleux est l'enseignant qui, en fin de cours, dit: "Joël, finis cela à la maison et apportes-moi cela demain !" S'assurer que le journal de classe est vérifié chaque jour par l'enseignant, contre-signé chaque jour par les parents. Souvent le dyspraxique n'a pas vu ou compris qu'il y avait un travail à faire, ne le fait pas, se fait gronder - quand il aurait suffi de partager la responsabilité au sujet de l'information pour les travaux à faire. S'assurer que chaque nouvel enseignant sera au courant des types de difficultés, du fait qu'ils sont habituels, qu'ils sont malgré une bonne volonté, qu'il faut encourager et pas enfoncer encore plus le dyspraxique. J'ai distribué des photocopies d'explications sommaires tirées de sites d'Internet pour faciliter la compréhension. S'assurer que les travaux à faire à la maison, les récits, les rédactions soient toujours faits et propres. Le prof reçoit vite l'impression que l'écolier s'applique. C'est un "plus" quand l'examen en classe, en temps limité, apportera toujours un résultat décevant. La moyenne sera relevé par les travaux faits maison et l'enseignant sera mieux disposé envers de l'écolier qui fait de son mieux, même si ce n'est pas encore au niveau souhaité. Encourager beaucoup de liens affectifs avec tous ceux qui
sont prêts à accepter le dyspraxique tel qu'il est (grands-parents,
cousins, frères et sœurs, quelques copains..) Essayer les conseils des sites anglais quant aux gélules d'huile de poisson, qui sont sensés améliorer les symptômes de dyspraxie. Nous avons l'impression que Joël est beaucoup plus concentré, plus assidu, et que ses enseignants ne le qualifient plus comme rêveur. Nous continuons donc de lui donner ses suppléments d'Omega 3 & 6. Le mot de la fin - vous trouvez cela lourd à porter ? Non, c'est une volonté d'aider à dédramatiser les petits problèmes qui ensemble deviennent une montagne insurmontable s'ils ne sont pas résolus avec compréhension, routine, patience, et encouragement. J'espère que mon témoignage pourra aider d'autres parents et d'autres écoliers à assumer leur vie au quotidien. J'attends à mon tour des témoignages sur des adolescents plus grands, pour bien vivre le passage de l'école secondaire peut-être vers un baccalauréat international ou peut-être vers un apprentissage d'un métier. Y-a-t-il des "trucs" pour la vie d'adolescents que vous souhaitez partager ? Tina, (maman) Bruxelles |
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2003 |