| |
Voici mon témoignage :
Mon fils Thibault a 13 ans, a toujours suivi une scolarité
normale, malgré un essai d'éviction d'un établissement
public en CE2, auquel nous avons fait face en l'inscrivant en privé.
Il est aujourd'hui en 5ème ordinaire, dans un collège public.
Thibault n'a été diagnostiqué dyspraxique qu'en mars
2003 soit à l'âge de 12 ans 1/2, malgré nos multiples
appels
1 ) Les principales difficultés ont été en
fait très nombreuses.
En maternelle : Thibault ne savait pas tenir un crayon,
ne savait pas faire des puzzles, ne savait pas construire. Devant ces
incapacités, qu'il ressentait déjà, l'institutrice
m'a interpellé entre deux portes "votre enfant n'est pas normal,
il semble autiste !!" "Vous devez faire quelque chose sinon
c'est l'échec scolaire assuré, comprenez-moi, il ne veut
rien faire ! il n'est pas comme ses petits camarades ! ". Il n'avait
que 3 ans 1/2.
Je suis allée voir mon médecin traitant, une jeune femme
généraliste, qui voyait rien d'anormal chez mon fils hormis
un léger retard psychomoteur évalué à 6 mois,
normal compte tenu de ses antécédents médicaux :
grande prématurité, méningite cérébro
spinale à 7 semaines avec 3 jours de coma, nombreuses anesthésies
(végétations, pose successives de drains transtympaniques
etc...). Elle nous envoie tout de même avec un courrier au CMPP
du secteur avec comme indication :
" enfant à graves troubles du comportement"
Thibault a été pris en charge dès l'âge de
3 ans 1/2 avec cette pathologie, exit, le retard psychomoteur. En fait,
mon fils était considéré comme un enfant têtu,
gâté, qui ne voulait pas faire, mais qui pouvait faire !
La question était posée en ce sens : Qui veut peut ! et
s'il ne voulait pas parcequ'il ne pouvait pas ? combien de fois ai-je
évoqué la question sans obtenir une réponse autre
que celle-ci "Mais pourquoi tenez-vous tant à avoir un enfant
handicapé ? sic un psychiatre !"
la maternelle s'est déroulée comme elle se devait. Thibault
se refugiait dans le coin bibliothèque, sans communication avec
les autres enfants, il savait lire seul avant l'entrée au CP, ce
qui fut la seule indication à son passage.
En trois ans de prise en charge au CMPP, les problèmes demeuraient.
En primaire : Les difficultés se sont vite accentuées,
hormis la lecture, Thibault avait un énorme retard graphique, et
les notions mathématiques ont été difficiles à
acquérir.
Sa qualité de lecture et de compréhension, sa vitesse aussi
de lecture à haute voix et silencieuse le font accèder au
CE1.
en CE1, l'écart se creuse : Thibault a de plus en plus de mal à
saisir les données mathématiques. Nous devons travailler
beaucoup le soir.
En CE2 : idem, les mathématiques, les compréhensions des
tableaux à double entrée posent un réél souci.
Le temps de travail le soir est doublé voire triplé par
rapport à ses frères.
En CM1 et CM2, grâce à la pertinence de deux institutrices,
qui voient en Thibault un enfant doté d'une grande intelligence,
mais confronté à des problèmes spécifiques,
nous parents sommes enfin écoutés et des parallèles
se font entre autonomie dans la vie quotidienne et difficultés
dans certaines matières scolaires (sport, mathématiques,
géométrie, lecture et création de tableau, dessin,
graphisme)
La mémoire de Thibault est excellente, à l'oral tout est
possible.
en fin CM2 face aux efforts visibles de Thibault, face à sa souffrance
l'institutrice décide de faire passer par un cabinet de psychologie
un test WISK, où est mis en évidence une distorsion entre
QI verbal et QI performance (12O et 80). La notion de dyspraxie est évoquée.
L'école demande la saisine de la CCPE qui oriente le dossier vers
la CDES et la CDES demande l'obtention d'un SESSAD pour handicapés
moteurs. Thibault est alors reconnu avec un taux de handicap à
50 % et obtient l'A.E.S.
Le SESSAD après un bilan neuro (que je recevrai seulement deux
ans plus tard et encore par le miracle des coincidences) déclare
que notre fils ne relève pas de leur institution.
au Collège : en année de 6ème, nous
parvenons à faire exempter Thibault de musique (il ne sait pas
tenir deux outils en même temps, sa coordination des deux mains
est impossible d'où impossibilité de jouer de la flûte),
de technologie (Thibault ne parvenant pas à faire un lacet, comment
parviendrait-il à réaliser une mini-alarme), de dessin(thibault
possède un niveau d'enfant de 5 ans).
La principale en accord avec le médecin scolaire, la CDES et nous
parents accepte cet aménagement.
Bilan : 6ème tout à fait honorable
Entre temps : Ne voulant pas laisser Thibault sans soins, et Thib étant
aussi un enfant épileptique, j'apprend l'ouverture via une association
dont je suis adhérente, d'un SESSAD spécialisé pour
enfants épileptiques. Je fonçe et Thibault sera admis dans
ce centre (son épilepsie est prégnante et devient pharmaco-résistante,
il en est à l'essai de son 8 ou 9ème traitement).
Thib y refera des tests, qui auront la même conclusion que ceux
passés par le cabinet convoqué par l'école privée
(fin CM2).
Mais compte tenu de sa bonne année de 6ème, il n'est plus
question de dispenser Thibault des matières difficiles pour lui
donc :
cette année il est en 5ème, il assiste à toutes les
matières.
Musique : malgrè notre demande de ne pas noter Thibault dans l'apprentissage
de la flûte, compte tenu de ses incapacités motrices, il
est soumis par la professeur à ces exercices. Il doit passer devant
tout le monde pour jouer son morceau : il est ridiculisé par l'ensemble
de la classe, la prof lui dit qu'il n'a pas travaillé son morceau
: résultat 2/20 moyenne trimestrielle 2/20 et le soir mon fils
s'écroule, se traite de nul, que les copains ont raison, qu'il
ne vaut rien, qu'il n'arrivera jamais à rien ! Pour qu'il retrouve
une certaine sérenité, je dois passer plus d'une heure avec
lui dans sa chambre à lui expliquer que ce n'est pas sa faute,
que ce n'est pas par manque de travail etc..... Toute cette énergie
dépensée est nécessaire pour qu'il garde l'envie
de se battre dans les autres matières et ne pas s'écrouler
et ne plus entendre pour un laps de temps cette ritournelle sans fin et
qui le laisse sans ressource :
"A quoi ça me sert de travailler autant, de toute façon,
avec les maths et la musique, je vais pas y arriver !"
Techno : là, je dois dire que le prof a été très
compréhensif, il a su tenir compte des difficultés de Thibault,
nous l'avons rencontré, nous avons échangé (tout
comme la professeur de musique que j'ai vu trois fois cette année)
et Thibault a su se montrer à la hauteur. Il a acquis toute la
théorie, a montré qu'il comprenait de quoi on parlait, même
s'il ne savait pas faire manuellement. Le prof a su tenir compte de son
investissement intellectuel, et l'année s'est bien passée.
Mathématiques : en algèbre avec un travail soutenu, une
heure de travail tous les soirs, deux heures chaque week-end, Thibault
est parvenu à frôler la moyenne (en plus ou en moins). Par
contre en Géométrie, ses incapacités motrices l'empêchent
de réaliser tous types de figures (il ne sait pas tenir deux outils
en même temps). Quand il tient fermement le stylo, la règle
glisse et vice-versa...... Il comprend et apprend ses leçons. Le
prof, n'a jamais testé les connaissances théoriques pour
l'aider, pour lui donner confiance et remonter un tant soit peu sa moyenne
!! résultat : moyenne tournant autour de 4/20 !
Pour l'avenir : ce qui nous fait peur, c'est que les notions mathématiques,
géométriques sont présentes dans toutes les matières
(géographie encore un point fort), physique, chimie, sciences et
vie de la terre. Si rien n'est mis en place pour aider cet enfant intelligent
(12O QI non verbal) effectivement, ce sera l'échec scolaire assuré.
Compte tenu de son handicap moteur, ce n'est pas vers les filières
manuelles que nous pouvons envisager une solution pour son avenir.
Thibault étant épileptique, IMC frustre et dyspraxique.
Les conséquences ont été nombreuses :
du fait de l'invisibilité notoire de son handicap, Thibault a été
catalogué : enfant anormal (sic parents d'élèves),
de fainéant, peut mieux faire avec plus de volonté, va plus
vite et tu auras de meilleures notes, tu es trop couvé par tes
parents, ah ! comme ça ta maman te fait tout (Thibault n'a su s'habiller
à peu près correctement que vers l'âge de 11 ans,
il ne sait toujours pas faire ses lacets, ni mettre des boutons de pantalon
ou de chemises). La nourrice (en CP et CE1, le mettait devant ses chaussures
au moins une heure avant que j'arrive le soir et je le retrouvais en pleurs
en train vainement de se battre avec ses lacets !!!! devant tant de souffrance,
j'ai pleuré souvent en silence ! je ne pouvais pas le laisser sans
nourrice (épilepsie exigeant une personne avec lui !).
Les personnes de la famille : enfant colèreux (comment ne pas l'être
quand des plus petits que soi -cousin- réussissent aisément
là où vous échouez lamentablement), enfant réplié
sur lui-même, n'aimant pas jouer......
2) Ces difficultés n'ont pas été diagnostiquées
facilement malgré un suivi médical très précoce.
Suivi en service de pédiatrie jusqu'à deux ans (suite prématurité
et méningite) : il allait compenser ce retard - c'est sûr,
vous allez voir, il va rattraper !.
Début de l'épilepsie à 5 ans 1/2, suivi en hôpital
par un service spécialisé qui n'avait cure de nos larmoiements
concernant les retards que nous remarquions (lacets, habillage, repas,
jeux etc...) c'est pas grave, votre fils aime lire c'est l'essentiel,
le reste viendra plus tard, il n'a surement pas envie !
Grâce à la souffrance de mon fils alors âgé
de 10 ans et à la complicité des deux maitresses (CM1 et
CM2 école privée), j'ai changé de médecin
: un IRM a été réalisé et on découvrait
les lésions cérébrales précoces (leucomalacies
périventriculaires gauches et droites à prédominance
gauche en occipital et temporal) qui à elles seules expliquaient
les difficultés motrices de mon fils !!!! 10 ans !! il a fallu
attendre 10 ans ! 10 ans de non-écoute, 10 ans de culpabilité,
10 ans d'incompréhension, 10 ans de mauvais jugements, 10 ans de
souffrance inutile, 10 ans de mésestime de soi, 10 ans de vie perdue
!!!
Il a fallu plus de 6 années d'errance avant de trouver le spécialiste
qui a su écouter et comprendre le problème de notre fils.
Oui, j'ai bien compris, le papa commence, les frères aussi.
Le diagnostic a été essentiel pour Thibault d'abord, qui
a su retrouver l'énergie, comprendre que ce n'était pas
sa faute, reprendre confiance en lui, s'accepter. Mais on n'efface pas
10 ans de mauvais jugements instannément, de façon magique,
cela laisse des traces indélébiles. Je pense qu'on a beaucoup
abimé Thibault, on l'a rendu encore plus handicapé, il se
sentait tellement exclu, rejeté ! la société l'a
mis au ban !
Pour la famille, oui, maintenant, on a envers Thibault un autre regard.
On dit maintenant, il n'a jamais redoublé, malgré tout,
c'est un enfant courageux, volontaire et on le félicite. C'est
un autre univers pour lui, pour nous.
3) Oui, Thibault a été rééduqué mais
sur des faux diagnostics, les prises en charges en psychomotricité
ne lui ont pas été néfastes, mais n'étant
pas ciblées, elles n'ont eu qu'un intérêt tout relatif,
hormis peut-être le maintien d'une certaine confiance en lui.
Actuellement, la dyspraxie est diagnostiquée formellement depuis
6 mois, il est trop tard pour rééduquer d'après les
professionnels que j'ai rencontrés.
4) Nous n'avons fonctionné qu'avec des stratégies tant notre
solitude était grande, tant nous étions incompris et tant
nous voulions améliorer la qualité de vie de notre fils
- Lacet = scratch
- boutons = zéro, ou pression, ou élastique
- repas = tout est facile à couper
- mathématiques : comptines inventées pour comprendre les
concepts, répétitions, jeux de cartes, CD rom, des temps
de repos, des recettes de cuisine, des pliages, des jeux de mémoire,
de stratégie......
- vélo = abandon
- sport = que ce qu'il peut faire sans avoir à subir des quolibets
en bref sport en famille.
- développement des capacités innées (mythologies,
archéologies, histoire antique, vie des animaux donc un accès
aux livres et à internet sans limite)
- les stratégies sont comprises et encouragées. Bien que
souvent on me demande de voir où il en est et les questions du
genre "Est-ce que tu crois que maintenant il ne serait pas capable
de ?......" sont fréquentes.
5) J'aimerai des aides techniques :
- comme un clavier de prise de note type
- des photocopies pour les cours trop longs à prendre à
l'écrit (l'écriture étant une source de fatigue importante
et de malaises épileptiques).
- des cours de soutien en milieu scolaire pour les matières difficiles
- la possibilité de faire une année en deux ans pour certaines
matières comme maths, physique sans que l'enfant ait le sentiment
de redoubler (image de soi ternie).
6) actuellement je peux compter sur l'aide du SESSAD pour enfants épileptiques
, sur ma disponibilité, sur l'aide d'un professeur qui vient à
domicile 3 fois par semaine, sur mes beaux parents (qui habitent à
1 mn de chez nous).
7) l'incompréhension du système éducatif tel qu'il
est conçu aujourd'hui, l'élitisme, la sensation qu'être
mauvais en maths ne présage pas d'un avenir prometteur, le manque
de rééducation spécifique, le manque d'information
sur les rééducateurs.
Le fait qu'un élève qui aille moins vite que les autres
soit laissé pour compte..... les autres doivent avancer..... tant
pis pour lui......
Le manque de formation des professeurs qui sont complètement démunis
pour appréhender ces handicaps invisibles.
Une réflexion récente illustre très
bien ces propos et c'est comme cela que je concluerai cette préparation.
Lors de la dernière réunion éducative de mon fils
Thibault, la neuro-pédiatre qui a enfin admis le problème
de mon fils, au vu des examens, a expliqué en ces mots le handicap
à la principale du collège :
" Vous avez devant vous un enfant extrêmement intelligent"
la principale coupe
"Comment expliquez-vous que cet enfant intelligent comme vous dites,
ne brille que par 10,5 de moyenne générale ce trimestre
?" Je vous assure du ton méprisant de cette remarque, mon
fils présent a littéralement blanchi !!
"Tout simplement parce que rien n'est fait, pour qu'il puisse faire
partager ses connaissances, rien n'est fait pour lui permettre de les
exprimer, il n'y a aucune adapatation. Si ce que je vous demande pouvait
se faire, vous aurez des surprises".
J'espère que ce témoignage vous sera utile.
|
|